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Capitaine Conan film franco-roumain de Bertrand Tavernier, sorti en 1996.

SynopsisModifier

Son action se déroule lors et immédiatement après la Première Guerre mondiale, sur le front des Balkans.

Le capitaine Conan est un guerrier au sens plein du terme : non seulement il se bat d'une manière exceptionnelle mais le fait de vivre en guerre le fait vivre intensément. Les Balkans, jusqu'en septembre 1918 sont l'un des théâtres de la guerre des tranchées. La prise du Mont Sokol, l'une des dernières grandes batailles de la guerre, précipite la reddition de la Bulgarie et offre à l'armée d'Orient, sous le commandement de Franchet d'Esperey, une vaste brêche vers le territoire austro-hongrois.

À la tête d'une cinquantaine de soldats héroïques, sortis pour la plupart des prisons militaires, Conan bataille à la manière des Sioux et fait trembler les secteurs ennemis. Avec ses "nettoyeurs de tranchées", c'est au couteau qu'il y va : "On lui voyait le blanc des yeux au frère et on le crevait en foutant la verte à tout le régiment..."

Conan méprise l'armée régulière et les officiers d'active, ceux qu'il appelle des "soldats", alors qu'il se considère, lui, comme un "guerrier". Il n'a d'estime que pour De Scève, noble ayant tourné le dos à ses privilèges pour s'engager dans l'infanterie, et d'amitié que pour Norbert, jeune licencié en Lettres, dont il apprécie la droiture et la morale. L'armistice est signé en France, mais seule l'armée d'Orient n'est pas démobilisée, puisqu'elle doit faire face aux bolcheviks de Russie. Elle reste en état de guerre. Casernés dans Bucarest, en pays allié, les soldats sèment le désordre allant jusqu'au pillage et au meurtre.

Norbert, nommé commissaire-rapporteur, fidèle à ses convictions, a la délicate mission d'arrêter et de faire condamner les coupables. Les hommes de Conan sont évidemment les premiers suspects ; malgré la fureur de Conan qui les défend envers et contre tout, Norbert fera son devoir. Les deux amis vont s'opposer, se séparer, se retrouver aussi de manière inattendue, quand Conan va prendre auprès de De Scève, qui veut le faire fusiller, la défense d'un jeune soldat accusé de désertion.

La guerre enfin terminée, Norbert rend visite à Conan dans son village breton et retrouve un être brisé, loin de la fièvre guerrière qui était sa seule raison d'exister.

CritiqueModifier

La première partie du film respecte les codes du genre film de guerre avec les tranchées la nuit, les grands mouvements de troupes le jour, la haute hiérarchie un peu ridiculisée, avec une originalité toutefois : la guerre menée par le groupe de Conan ne correspond pas aux clichés de la Première Guerre Mondiale, et Tavernier s'amuse à mettre en scène une guerre moyen-âgeuse, avec frondes, arbalètes, armes blanches, et une violence physique déjà montrée dans La passion Béatrice.

Le camp de Conan confirme cette impression de décalage, d'étrangeté, avec une haute hiérarchie sans autorité, un fonctionnement peu réglementaire, et le parler breton, ce qui est très bien vu, à une époque où les langues régionales étaient encore couramment parlées. Par ces procédés de mise en scène, la distance est rétablie, le film met brillamment en scène l'action mais ne sera pas un simple film d'action, et le spectateur comprend que c'est la guerre elle-même qui est anormale, malsaine, et qu'une fois la paix revenue, ces hommes ne pourront jamais reconstruire une vie normale.

Interrompues par l'armistice, mais pas démobilisées, les bêtes de guerre tournent en rond entre Sofia et Bucarest, en se payant sur l'habitant ; les mêmes lois militaires qui ont transformé ces hommes en "héros" les condamnent, comme elles condamnent aussi bien, pour l'exemple, un fils de famille, inoffensif et souffreteux, que sa mère cherche à sauver, et que paradoxalement Conan aidera, alors que l'officier d'active, " normal ", De Sève, sorte de Boëldieu aigri et désenchanté, le chargera, pour avoir " trahi " les devoirs de sa classe.

Capitaine Conan est donc une inversion particulièrement subtile du message de La grande illusion. Tavernier est aussi antimilitariste et humaniste que Jean Renoir, mais autant en 1937, on pouvait croire à une réconciliation des hommes de bonne volonté autour de la fraternité démocratique, autant soixante ans plus tard, la désillusion est totale : après le bilan du désastre collectif traité dans La vie et rien d'autre, cette histoire de l'armée d'Orient, qui n'est atypique qu'en apparence, préfigure une "Guerre sans nom" qui "ne fait que commencer" comme l'explique De Scève, et qui brisera encore bien des hommes, "amis" ou "ennemis" : le peloton d'exécution ou la mort dans les "théâtres d'opérations extérieures " (expression qui ne s'invente pas) pour les uns, ou le naufrage dans l'alcool et la solitude pour un Conan, dont la dernière apparition est poignante et renvoie le spectateur aux ravages individuels, intérieurs et incurables d'autres guerres d'Orient, plus actuelles.

Comme toujours chez Tavernier, la distribution et la direction d'acteurs sont sans faille avec une majorité de comédiens venant du théâtre  : du côté des officiers "normaux", François Berléand, Bernard Le Coq et Claude Rich sont savoureux, mais c'est Samuel Le Bihan en soldat républicain qui fait une composition remarquable. Du côté des "nettoyeurs de tranchées", outre une galerie de trognes très convaincante, c'est bien sûr Philippe Torreton qui s'impose et écrase le film par son charisme, non pas en dépit de son surjeu, mais grâce à celui-ci justement.

Conan le Barbare est, à l'image du sergent instructeur de Full Metal Jacket, un spécimen de "chef absolu", sans qui la guerre serait impossible : toujours en mouvement, le verbe haut, la physionomie inexpressive, un anti-conformisme apparent et des outrances de langage qui seraient totalement déplacées dans la vie normale, mais qui dans ce contexte créent la sidération chez les interlocuteurs, et peuvent transformer des hommes ordinaires en tueurs.

DistributionModifier

Capitaineconan

Fiche techniqueModifier

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