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Frankenstein 90 est un film français réalisé par Alain Jessua, sorti en 1984.

Synopsis[]

Il fait nuit sur le C.N.R.S. lorsque, subrepticement, un homme masqué s'y introduit, assomme une chercheuse, s'empare d'un bras et s'enfuit. Le voleur a pour prénom Victor. C'est un maître de conférence et un savant respecté. Comble de l'ironie, la chercheuse n'est autre que sa fiancée, d'où le masque. Victor appartient à la trop célèbre famille Frankenstein. Son obsession est donc de donner vie à une créature dans son laboratoire secret. D'où la nécessité de multiples incursions dans les locaux du C.N.R.S. pour dérober un tronc, deux jambes, etc.

Manque la tête. Elle lui est fournie grâce à un policier contre de la menue monnaie après un accident. Un micro-processeur dans la tête et le tour est joué, Victor crée Frank, fort beau gaillard si ce n'était ce front déformé orné de deux magnifiques cicatrices. Frank s'adapte progressivement à la vie moderne: manger avec des fourchettes, conduire, etc. Le seul problème, c'est sa force: elle est colossale. D'où quelques morts que Victor doit ensuite faire disparaître. Autre difficulté, l'appétit sexuel de ce sympathique monstre, d'autant que Victor ne supporte pas qu'il s'en prenne à sa fiancée. Un soir, dans un club, l'illustre descendant repère trois filles dont l'assemblage en ferait la femme parfaite. Il a le tort d'en parler à Frank si bien que le matin les cadavres sont dans la maison.

Ainsi naît la superbe Adélaïde, destinée à satisfaire son grand frère. Mais les frasques de Frank ne passent pas inaperçues et, la police se faisant pressante, tout ce petit monde émigre en Suisse dans le château de Frankenstein. Quelques années plus tard, Frank homme d'affaires, le visage remodelé, vit tranquillement avec la fiancée de Victor, celui-ci filant le parfait amour avec Adélaïde et continuant ses petits travaux expérimentaux.

Critique[]

Alain Jessua tente à la fois un hommage à Mary Shelley mais aussi aux œuvres de James Whale, faisant la jonction entre sa version de Frankenstein en 1931 et de La Fiancée de Frankenstein en 1935. Ainsi le Dr Victor F, brillant cybernéticien, tente de suivre les pas de ses ancêtres en créant un être à partir de morceaux humains et doté d’un cerveau électronique. Si l’opération est un succès, il n’en reste pas moins que la créature se sent seule, laide et désire comme Victor, une fiancée.

Cette volonté de moderniser le propos et de contrebalancer la gravité de l’enjeu passe aussi par le choix d’Armando Trovajoli pour la partition musicale. Le ton léger, des mélodies décalées et parfois joyeuses apportent une note curieuse au film. Dès le début, le ton est donné. Il traitera un sujet sérieux par un biais plus léger.

L’entreprise aurait nécessité une crédibilité que peu de choses étayent dans le film. Rochefort, oscillant généralement entre truculence et gravité, reste désincarné et peu concerné par ce qu’il fait.

Il faut cependant apprécier le second degré permanent et le côté référentiel de l’œuvre, comme quand La Créature et le Dr Victor se rendent au cinéma pour voir, justement, une version de Frankenstein… et Eddy Mitchell de se gausser de l’acteur «Maurice Tarloff» qui interprète la créature ! Quelques instants font mouche, comme la scène où la créature, renvoyant à celle du film Frankenstein de James Whale, se rend compte de sa situation et tente de se suicider en se noyant dans le lac. Une autre belle scène, celle où la créature cauchemarde de la poursuite de sa fiancée défigurée. Le ralenti, beau et effrayant, donne l’effet voulu.

Il existe aussi un certain respect de la structure de l'œuvre de Mary Shelley et du film de James Whale quant aux notions de profane et de sacré. Ainsi seul un retour aux origines, à l’endroit premier où tout a commencé peut sceller le destin de chacun. Le rêve de Victor au début du film vient-il rappeler au spectateur que la boucle est bouclée.

Le transgressif, cependant, va au-delà de Shelley et de Whale. En effet, la nature ne reprend pas ses droits et les créatures accèdent à un certain statut tronqué d’être humain, pour mieux (et c’est un comble) retomber dans une humanité conformiste, mariage et progéniture à la clé. Serait-ce cela, la recherche de sa part d’humanité ? Les dernières créatures du Dr Victor, simple artisan devenu bras droit d’une entreprise florissante, semblent indiquer que non. Et que l’évolution de l’Homme sera autre qu’une simple vision de retour aux valeurs familiales et capitalistes. La volonté de transformer la créature en parfait homme d’affaire capitaliste et embourgeoisé est une direction inédite et ironique.

Quelques thèmes font écho aux œuvres précédentes d’Alain Jessua. Comme celui de l’individu confronté à une réalité qu’il tente de plier à ses exigences (Armaguedon). Le choix d’un univers urbain triste, ordinaire et générateur de solitude et de conflit.. Le fantastique ancré dans la réalité, la proximité du futur dans le quotidien, c’est aussi la base de Traitement de choc. Le centre Biologique de recherches où travaille Fiona Gélin renvoie à l’institut du Dr Devillers. Un film de science-fiction peu éloigné de la fiction grâce aux progrès de la science. Quelques éclats contestataires, comme la collaboration de la Police via le personnage de Ged Marlon, et son incapacité notoire à gérer correctement les conflits, rappellent aussi une certaine dérive et la faillite des institutions développées dans ses œuvres précédentes

Distribution[]

  • Jean Rochefort : Victor Frankenstein
  • Eddy Mitchell : Frank
  • Fiona Gélin : Elizabeth
  • Herma Vos : Adelaide
  • Ged Marlon : l'inspecteur
  • Serge Marquand : le commissaire
  • Anna Gaylor : Corona

Fiche technique[]

  • Titre : Frankenstein 90
  • Réalisation : Alain Jessua
  • Scénario : Paul Gégauff et Alain Jessua, d'après le roman Frankenstein ou le Prométhée moderne, de Mary Shelley
  • Production : Louis Duchesne et Alain Jessua
  • Musique : Armando Trovaioli
  • Photographie : William Lubtchansky
  • Montage : Hélène Plemiannikov
  • Décors : Thierry Flamand et Christian Grosrichard
  • Pays d'origine : France
  • Durée : 100 minutes
  • Date de sortie : 14 août 1984 (France)


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