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L'Enfance nue est un film français de Maurice Pialat sorti en 1969.

SynopsisModifier

François, dix ans, est assisté temporaire. Sa mère peut le reprendre mais elle ne lui a pas écrit depuis un an et ne semble guère se soucier de son fils, malheureux de ce rejet. Il vit dans une famille de nourriciers où il a été un peu imposé par Roby, le père, qui voulait un fils. Mais Simone ne peut plus le supporter et exige que l'Assistance publique le reprenne.

Il est vrai que François, caractériel, fait beaucoup de bêtises : il vole, ne fait rien à l'école, tue le chat de Josette, la fille de la maison, en le jetant dans la cage d'escalier. Mais il est tout aussi vrai que sa « mère » ne le traite pas du tout comme Josette et n'a sans doute jamais pu supporter sa présence.

Il est placé dans une autre famille : un couple âgé, les Thierry, qui, après avoir élevé les leurs, veulent continuer à vivre avec des enfants autour d'eux. Dans la maison vit également Raoul, un enfant abandonné de quatorze ans qui souffre de ne pas pouvoir connaître ses parents, et la grand-mère, Mémère, la vieille à qui François s'attache vite mais qui meurt.

Les Thierry sont chaleureux, compréhensifs et créent un vrai foyer pour François. Il les aime, est heureux avec eux mais ne peut s'empêcher de faire des bêtises. Avec d'autres garnements, il provoque un accident d'auto et l'AP décide de le placer en observation dans un institut médico-pédagogique. Les Thierry tentent vainement de le revoir. Il leur écrit une lettre touchante dans laquelle il leur dit qu'il fait de gros efforts pour être autorisé à revenir au moins les voir pour Noël.

CritiqueModifier

Premier long-métrage de Maurice Pialat, il est produit par les cinéastes Véra Belmont, Claude Berri, Mag Bodard et François Truffaut

Dans ce film rien de social ni de psychologique aux sens habituels de ces termes. François est le témoin d'une France blessée, en crise, qui ne sait que faire de ses enfants orphelins. Pialat filme les petites gens : les ouvriers, les fêtes de groupes, de mariage, les rituels sociaux (bistrots, défilés, etc.). Il filme aussi bien la pauvreté sociale que la tristesse humaine à travers un réalisme documentaire qui pour certains, se rapprochera beaucoup de l'art pratiqué par Roberto Rossellini.

Mais l'émotion et la réussite d'un tel film viendront des rapports que François entretiendra avec sa seconde famille d'accueil (les Thierry) ; il est pris en charge par un couple de retraités qui a l'habitude de prendre sous son toit des enfants abandonnés. Comment ne pas être sensible à cette chaleur du Nord, aux actes de tendresse de Mémère qui offrira une tranche de cake à François blessé dans une bagarre, aux chansons de Mèmère la Vieille, fidèle complice du petit garçon en manque de repères ? Comment ne pas être ému par les gestes d'affection du couple à l'égard de François qui, pourtant, ne pourra s'empêcher d'aller toujours trop loin (agressivité, violence, etc.). Personne ne comprend l'attitude de François (ni les parents adoptifs ni l'instructeur complètement désemparé…d'ailleurs Pialat ne nous donne rien à comprendre). Mais chez Pialat, il n'y a semble t-il rien à comprendre, juste à ressentir.

Tout est geste, tout est langage du corps dans ce cinéma. Tout mouvement du corps en dit souvent plus long qu'une simple phrase qui aurait pu être prononcée. Ainsi, en nettoyant le bol du petit déjeuner après le départ de François dans sa nouvelle famille d'accueil, la jeune femme, Simone, ne montre t-elle pas sans le vouloir, avec ce geste à la fois simple (parce que quotidien) et violent (parce que cruel et déplacé), que le chapitre « François » est clos ?

Au départ, il y a le projet d'un documentaire sur l'enfance de l'« assistance publique » française (la D.D.A.S.S aujourd'hui). Le tournage sera repoussé maintes fois ; Maurice Pialat n'est pas prêt même si cela fait des années qu'il attend ce moment. Il demande à Arlette Langmann (la sœur de Claude Berri) de réécrire l'histoire. D'un documentaire initialement prévu, c'est une fiction qui prendra vie et qui se construira au fil des jours, au fil des rencontres, au fil des histoires racontées par les personnes présentes dans le film et qui apporteront beaucoup au scénario malléable.

« Un tournage est un moment que l'on essaie d'agripper. Au cours d'un tournage, il doit se passer quelque chose, sinon le film est un échec. », dira t-il un peu plus tard. Le tournage de L'Enfance nue fut difficile. Maurice Pialat doit faire ses preuves et se bat contre tous ceux qui ne comprennent pas sa façon de travailler. Il faut attendre et faire confiance à ce qui peut jaillir à tout moment et du coup, mettre de côté des méthodes de travail trop fabriquées ; ne pas tourner en rond, refuser la facilité du tournage et donner une force dramatique inespérée au film, faire confiance aux acteurs non-professionnels afin qu'ils puissent aller au-delà de leur propre texte. Pialat en demande beaucoup. Trop pour certains qui sen plaindront et qui quitteront ses tournages (cela deviendra une habitude).

Le montage sera long, éprouvant. Maurice Pialat se moque de toute idée de continuité narrative. Le récit se construit sur une succession de scènes profondément humaines. L'important ne se situe pas dans la cohérence immédiate d'une histoire construite de manière homogène ; le film doit puiser sa force dans l'accumulation de moments qui n'ont pas forcément de liens directs les uns avec les autres.

DistributionModifier

Fiche techniqueModifier

DistinctionsModifier

(fr/en) L'Enfance nue sur l’Internet Movie Database - Version plus complète en anglais

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