Le Garde du corps (Yojimbo 用心棒) est un film japonais réalisé par Akira Kurosawa, sorti en 1961.

Synopsis[modifier | modifier le wikicode]

À la fin de l'époque Tokugawa (XIXe siècle), un samouraï sans maître (un " Rônin "), voyage au hasard, pour celà, il lance un baton dans un carrefour pour trouver sa voie. Il arrive dans le village de Manome, divisé par une lutte impitoyable entre deux clans, celui d'un brasseur de saké, Tokuemon, et celui d'un marchand de soie, Tazaemon. Ils cherchent tous deux à dominer les lieux, avec l'aide de bandes d'affreux, commandées par Seibei (du côté de Tazaemon) et par Ushi-Tora (pour Tokuemon). Sanjuro Kuwabatake est pris à partie par un homme qui lui demande de rétablir l'ordre dans le village. Un autre, qui tient un bar, lui conseille au contraire de partir au plus vite : son arrivée risque d'aggraver les troubles.

Les deux bandes vont chercher chacune à s'attirer l'aide de ce guerrier qui leur a prouvé, dans une scène de bagarre expéditive, sa valeur. Sanjuro va comprendre le bénéfice qu'il peut tirer de la situation. Il va vendre alternativement ses talents aux deux bandes rivales. Il fait croire à Tazaemon, le marchand de soie, qu'il va le suivre. Mais, après avoir surpris une conversation, il comprend qu'on veut l'escroquer. Alors que les deux bandes au grand complet sont face à face dans la rue principale, Sanjuro décide d'abandonner le combat. Il monte en haut d'un beffroi, décidant d'apprécier la scène vu d'en haut, et encourage les deux camps par ses invectives.

L'arrivée d'un émissaire du pouvoir central oblige les partisans à remettre leur affrontement à plus tard. Après le départ de l'envoyé du pouvoir, les choses reprennent leur cours, et Sanjuro continue à envenimer la situation et les incidents s'enchainent. Le ronin semble un guerrier sans foi ni loi. Mais, ému par la situation d'un homme dont Tokuemon a fait enlever la femme, il va profiter de la nuit pour la libérer et permet au couple de quitter le village, en leur offrant tout son argent.

Critique[modifier | modifier le wikicode]

Le mercenaire est comme tout le monde : c'est un être humain bourré de contradictions. Mais son geste héroïque est pour lui synonyme de perte : découvert par le frère cadet de Ushitora, Unosuke, qui possède un pistolet occidental, il est torturé puis enfermé agonisant dans une cellule dont il parviendra à s'échapper. Pendant ce temps, la confrontation dans le village tourne à l'avantage de Tokuemon, qui décime tous ces adversaires et commence à crier victoire.

C'est sans compter le retour de Sanjuro qui va, dans la bataille finale, tuer un à un tous ses adversaires. Dans une dernière scène, Sanjuro, très laconique, conclut : "Maintenant, il y aura un peu de tranquillité dans ce village". Laissant la petite ville dans la désolation, le vent et la poussière, Sanjuro, véritable vainqueur, part comme il était venu, libre et solitaire, sorte de justicier autonome.

Sanjuro, incarné par l’immense Toshiro Mifune,est un héros schématique, amoral et joueur, un homme sans nom ni biographie, un corps infaillible et fonctionnel. La préfiguration par Kurosawa du personnage maniériste typique n’apporte qu’un seul bémol : l’humanisme du cinéaste intervient aux deux tiers du film, sous les traits de la femme victime, enlevée à son mari et à son enfant, puis sauvée par le garde du corps.

La volonté de Sanjuro n’est plus de monter les deux clans rivaux l’un contre l’autre, mais alors de les punir pour avoir mêlé des innocents à leurs combats. Kurosawa évoque dans les toutes dernières lignes de son ouvrage une incapacité des humains à être totalement honnêtes, une faculté naturelle à jouer à être un autre, qui rend cependant la vérité d’autant plus transparente.

Signalé par l’entêtante musique de Masaru Sato qui accompagne la plupart de ses entrées en scène, identifié par un prénom générique qui, en japonais, ne signifie guère plus que « la trentaine », Sanjuro est le héros d’un cinéma populaire moderne, conscient d’être avant tout un produit ou une marchandise. Son acquisition par l’un ou l’autre des clans auquel il offre ses services au prix fort, leur promet une victoire certaine.

Yojimbo ne contient que très peu d’action à proprement parler, mais beaucoup de temps morts, de complots ourdis dans l’ombre, de tractations financières engendrant un climat de tension. C’est une raison pour laquelle on a pu y déceler à l’époque de sa sortie une allégorie de la guerre froide. Dans la première partie du film, Sanjuro fait monter les enchères en visitant un clan après l’autre, relève sa cote en démissionnant in extremis avant le combat pour l’observer depuis un beffroi ; mais la partie, opposant deux forces égales, est vouée au match nul.

L'histoire est inspirée d’Arlequin, valet de deux maîtres de Carlo Goldoni, et influencée les westerns occidentaux. Elle a, à son tour, inspiré un remake italien sous forme de western spaghetti : Pour une poignée de dollars de Sergio Leone avec Clint Eastwood et Gian Maria Volontè en 1964.

Distribution[modifier | modifier le wikicode]

Fiche technique[modifier | modifier le wikicode]

Source[modifier | modifier le wikicode]

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