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Le Metteur en scène de mariages (Il Regista di matrimoni) film italien de Marco Bellocchio, sorti en 2006

Analyse critique[]

Le metteur en scène, Franco Elica, est désespéré par le mariage de sa fille avec un catholique pratiquant. Quand, par ailleurs, on lui demande de tourner une énième adaptation des Fiancés d’Alessandro Manzoni, il s’enfuit à Cefalù en Sicile, et rencontre trois personnages : un confrère cinéaste qui vit de ses films de cérémonies de mariages, un réalisateur prétendant être mort afin d'acquérir la reconnaissance qu'il n'a pas eu de son vivant par le milieu du cinéma, et un Prince ombrageux, mystérieux, et cultivé mais ruiné.

Le Prince Ferdinando Gravina di Palagonia lui propose de filmer le mariage de sa fille Bona. Franco en tombe immédiatement amoureux et décide de la sauver de ce mariage de raison.

Le Metteur en scène de mariages est un film étrange, aussi bien par son style et sa forme que par sa situation dans l’œuvre de Bellocchio. S’il entretient avec ce nouveau long métrage les préoccupations et les thèmes de ses précédents films, et plus particulièrement celui d'un artiste à la recherche de sa place dans une vaste mascarade sociale, Bellocchio semble s’éloigner des grands sujets politiques fréquents dans sa filmographie. Le ton adopté, par sa dimension de farce, satirique et parfois grotesque, semble amorcer un rapprochement du cinéma de Bellocchio avec la fameuse tradition de la comédie italienne, et sa galerie de personnages et de situations caricaturales.

Mais sans partager les préceptes moraux et esthétiques des grands ténors de la comédie italienne, il reste fidèle à des idées qu’il met en scène depuis plusieurs films, notamment la question de la représentation et de l’interprétation du monde par l’art et la culture, tout en se permettant une certaine fantaisie, des folies qui sont celles des cinéastes en pleine possession de leurs moyens.

La rigueur de la démonstration de Bellocchio et la complexe subtilité de la mise en abyme organisée par le cinéaste autour du roman de Manzoni sont sans cesse dynamitées par des gags et des intrigues annexes. La construction du film, qui s’autorise de discrètes incartades oniriques, brouille les pistes ou accueille le plus naturellement du monde les anomalies les plus saugrenues, digne du surréalisme, comme une course en sac dans un couloir, une caméra miniature dissimulée dans la doublure d’une veste.

Dans cette apologie de l'artiste, Marco Bellocchio déplore l'évolution sociale et idéologique de son pays. Effervescent dans les années 1970, le cinéma italien est plombé dans la résignation, incapable d'insolence. Même réputés, les metteurs en scène en sont réduits à faire des films d'amateurs, métaphore de la dégradation. Oubliant la fièvre de libération d'antan, les femmes y acceptent une reddition sans condition à leur conjoint, héritant des croyances religieuses de leurs ancêtres.

Bellocchio déplore la conversion de son art aux vieilles recettes ("ce sont les morts qui gouvernent"), en mêlant couleurs et noir et blanc, cadres somptueux et images DV ou pellicules de caméras de surveillance, plans dignes de Visconti avec le palais sicilien aux grandes salles vides hantées par des chiens molosses et les gestes troublants d'une princesse à la sexualité réprimée. Avec un clin d'œil à la Mariée mise à nu par ses célibataires, même, de Marcel Duchamp, dont il s'autorise une illustration au premier degré, rêverie d'insoumis à laquelle se prêterait volontiers la fille en blanc, mais pas sa famille.

« La maîtrise de celui qui reste l’un des grands d’Europe n’est plus à prouver. Bellocchio déplore la conversion de son art aux vieilles recettes (“ce sont les morts qui gouvernent”), en mêlant couleurs et noir et blanc, cadres somptueux et images DV ou pellicules de caméras de surveillance, plans dignes de Visconti et gestes troublants d’une princesse à la sexualité réprimée. Le film, semé d’élans lyriques, cultive l’irrationnel, voire la provocation, montrant un voile de mariée arraché et piétiné, un cinéaste mort resurgissant sur une plage, de nuit, comme un fantôme et convoquant l’onirisme par le son ou le culte discret du baiser fou surréaliste. » Jean-Luc Douin, 2007

Distribution[]

  • Sergio Castellitto : Franco Elica
  • Donatella Finocchiaro : Bona Gravina
  • Sami Frey : Ferdinando Gravina
  • Gianni Cavina : Smamma
  • Bruno Cariello : Enzo Baiocco
  • Claudia Zanella : Chiara
  • Maurizio Donadoni : Micetti

Fiche technique[]

  • Titre original : Il Regista di matrimoni
  • Réalisation : Marco Bellocchio
  • Scénario : Marco Bellocchio
  • Directeur de la photographie : Pasquale Mari
  • Montage : Francesca Calvelli
  • Musique : Riccardo Giagni, Mariangela Melato
  • Production : Film Albatros, Rai Cinema, Dania Film, Immagine & Cinema, Celluloïd Dreams, France
  • Durée : 100 minutes
  • Dates de sortie : 21 avril 2006
    • France : 22 août 2007
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