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Les Confins du monde , film français de Guillaume Nicloux, sorti en 2018

Analyse critique[]

En Indochine, en 1945, Robert Tassen, jeune militaire français, est le seul survivant miraculeux d'un massacre dans lequel son frère a péri sous ses yeux. Il arrive à s'extraire du charnier macabre et après avoir erré dans la jungle, il rejoint l'armée, rempli de vengeance. Mais il a du mal à s’intégrer avec des soldats désabusés ou cyniques, dépassés par la cruauté des actions des Viet-minh. Robert s'engage alors dans une quête obsessionnelle et secrète à la recherche des assassins. Il obtient de constituer un commando informel de Viet-minh prisonniers repentis et part à la recherche de Yo Binn Yen, le responsable du massacre et d'autres atrocités commises contre des civils. Pourtant, sa rencontre avec Maï, une jeune prostituée Indochinoise, pourrait ébranler ses certitudes.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le conflit se durcit en Indochine. de Gaulle tente de récupérer le pays occupé par les Japonais qui ripostent violemment en s’attaquant aux garnisons françaises. Après Hiroshima, l’armée nippone se retire mais les indépendantistes vietnamiens reprennent des forces et entreprennent la reconquête de leur pays. C’est donc un territoire opaque, tiraillé entre de multiples forces, que le film investit.

Il s’agit donc d’une guerre intime en parallèle à la grande guerre. Un conflit mâtiné de polar existentiel, les pieds dans la boue et l’esprit au bord de la folie. On pénètre dans une région où même ceux qui sont encore vivants ressemblent à des fantômes. Il n’y a presque pas de coups de feu, mais de la peur et de la hantise, celle de la castration domine, dans cet univers à forte teneur sexuelle, où le culte de la virilité peut croiser les sévices, la honte, des désirs cachés. La fantasmagorie n’exclut pas pour autant une forme de romantisme, fût-il morbide et lié à des états extrêmes, comme l’extase atteinte grâce à l’opium.

Un des moments forts du film, qui le résume; un des soldats demande à Tassen, avant une mission dangereuse : « On y va alors, mon lieutenant ? » La caméra est braquée sur le profil d’Ulliel, absorbé, inflexible, qui fixe l’horizon en tirant sur sa clope. Sa réponse tarde. Le plan, silencieux, dure très longtemps. Dans cette attente palpitent les confins, entre la vie et la mort.

Un sentiment d’étrangeté et d’irréalité est accentué par les brumes de la jungle, l’ennemi invisible et les fumeries d’opium. Ces soldats perdus aux confins du monde, puisque le titre préfigure ce sentiment d’ailleurs, opposent de façon presque désespérée, comme un ancrage à la terre, une trivialité parfois frontale, et l’horreur ne reste pas tout le temps hors-champ.

Ce qui fascine dans le film, c’est bien qu’impénétrable de prime abord, Robert Tassen offre une surface suffisamment réfléchissante pour que le spectateur puisse s’y retrouver, s’impliquer et choisir à sa place. Mu par une pulsion de mort, la rencontre d’une jeune Indochinoise, Maï, qui fait preuve de compassion en lui tendant une soupe, ouvre pour lui la possibilité de choisir le chemin de l’amour, donc de la vie.

Et il y a Gérard Depardieu, à nouveau. En transmettant les Confessions de saint Augustin au jeune soldat perdu, c’est comme si le réalisateur convoquait la véritable part spirituelle de l’acteur qui est lui-même un grand lecteur du philosophe romain et théologien chrétien. Il devient alors un phare, une boussole pour Tassen et le spectateur. S’il n’est ni dans un camp ni dans l’autre, comme l’acteur dans sa vie, c’est bien en accord avec la pensée du philosophe, pour qui le mal n’existe pas en tant que tel. Ainsi explique-t-il : « ...mais parce que dans le détail certains éléments ne s’harmonisent pas avec certains autres, on les tient pour mauvais. Or ces mêmes éléments s’accordent avec d’autres et en cela ils sont bons. »

Distribution[]

Fiche technique[]

  • Réalisation : Guillaume Nicloux
  • Scénario : Guillaume Nicloux et Jérôme Beaujour
  • Photographie : David Ungaro
  • Montage : Guy Lecorne
  • Musique : Shannon Wright
  • Producteurs : Sylvie Pialat et Benoît Quainon
  • Société de production : Les Films du Worso
  • Durée : 103 minutes
  • Dates de sortie : 10 mai 2018 (Festival de Cannes 2018, Quinzaine des réalisateurs)
    • 5 décembre 2018 (sortie nationale)
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Category:Film français Category:Film sorti en 2018

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