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Les Olympiades , film français de Jacques Audiard, sorti en 2021

Analyse critique[]

Le film se déroule à Paris 13e, le décor est le quartier géométrique des Olympiades, avec ses tours, autour desquelles la caméra plane. Derrière chaque fenêtre, des personnes vivent, font l’amour, se sentent seules, espèrent. Le film en décrit quatre, dont il entrecroise les destins. Ce sont de jeunes adultes. Trois filles et un garçon, cultivés mais pas installés. Qui se cherchent en cherchant l’amour. Émilie rencontre Camille, qui est attiré par Nora qui elle-même croise le chemin d’Amber.

Jacques Audiard s'éloigne de la violence de ses derniers films et revient à une comédie douce doublée d’un conte moral, à l’esprit Nouvelle Vague. La collaboration au scénario de Céline Sciamma et Léa Mysius explique cette inflexion. Le prologue du film montre une jeune odalisque nue et détendue, qui chante micro à la main sur son canapé, à côté de son amant. C'est Émilie, une jolie Franco-Chinoise vive et sagace, qui a fait Science-Po mais se coltine un boulot pénible de télé-vendeuse dans un centre d’appels. Elle a mis une annonce pour partager son appartement avec une colocataire. Mais c’est un Camille au masculin qui se présente, professeur de lycée. Elle refuse le candidat, se ravise puis passe rapidement au lit avec lui. Libres, décomplexés, Émilie et Camille sont du genre à coucher d’abord et à discuter ensuite. Le sexe, la séduction et le discours amoureux, voilà l’attrait de ce marivaudage, qui propose une forme de sensualité neuve. Un érotisme qui se glisse autant dans les dialogues que dans les scènes d’amour stricto sensu, charnelles mais aussi très pensées, chorégraphiées, différentes.

Pour Nora, le désir et le plaisir vont moins de soi. Cette jeune provinciale, un peu naïve et burlesque, qui travaillait dans l’immobilier à Bordeaux, a décidé de reprendre des études, à la faculté de Tolbiac. À peine arrivée, elle est victime de cyberharcèlement à la suite d’une méprise. Elle retrouve Amber Sweet, la fille blonde, prostituée à distance sur le Net, avec laquelle on l’a confondue. En ligne, toutes deux entament un dialogue, régulier, sans caractère sexuel, où chacune se livre, raconte ses expériences vécues. Elles finissent par se rencontrer physiquement

À travers ce quatuor de personnages, Jacques Audiard met en scène avec beaucoup d’élégance une histoire contemporaine et atemporelle. Il y a quelque chose d’aérien et de fluide dans sa manière de passer d’un protagoniste à l’autre, de l’amitié à l’amour, sans se départir d’un ancrage social précis, à savoir le quotidien multiracial du Paris d’aujourd’hui. Le film parle de sentiments mais parvient aussi, sans s’appesantir, à évoquer les galères de travail et de logement, le rôle de l’entourage. Par petites touches, il saisit les liens d’Émilie avec sa mère, sa grand-mère et la communauté chinoise. Idem du côté de Camille, dont la petite sœur arrive à surmonter son problème de bégaiement grâce au stand-up.

Jacques Audiard revient à un noir et blanc satiné, accentuant l'évocation de la Nouvelle Vague, on pense à Éric Rohmer et François Truffaut. Le film se termine sur un évanouissement digne de La Femme d'à côté.

Distribution[]

  • Lucie Zhang : Émilie
  • Makita Samba : Camille
  • Noémie Merlant : Nora
  • Jehnny Beth : Amber Sweet
  • Océane Caïraty : Stéphanie
  • Geneviève Doang : Karin, la sœur d'Émilie

Fiche technique[]

  • Réalisation : Jacques Audiard
  • Scénario : Jacques Audiard, Céline Sciamma et Léa Mysius, d'après 3 histoires de la bande dessinée Les Intrus d'Adrian Tomine, publié en 2015
  • Photographie : Paul Guilhaume
  • Montage : Juliette Welfling
  • Musique : Rone
  • Société de production : Page 114
  • Durée : 105 minutes
  • Format : noir et blanc (une séquence couleur)
  • Dates de sortie : 14 juillet 2021 (Festival de Cannes 2021)
    • 3 novembre 2021, sortie nationale
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