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Marguerite , film français de Xavier Giannoli, sorti en 2015

Analyse critique[]

À Paris, dans les années 1920, passionné de musique d'opéra, Marguerite Dumont est persuadée d'avoir un don pour le chant. Ce qui est loin d'être le cas. Son mari, qui l'a épousée pour sa fortune, est consterné, mais refuse de lui dire la vérité pour ne pas la blesser. La haute société qui l'entoure se tait également, car Marguerite est riche et surtout généreuse. Un peu trop d'ailleurs car un jeune journaliste et son ami, le fantasque Kyrill, tentent de lui extorquer de l'argent.

Le film s'inspire d'assez loin de la vie de l'américaine Florence Foster Jenkins (1868-1944), transposée en France.

Depuis des années, lors de concerts privés qu'elle organise dans sa propriété, elle massacre obstinément Mozart, Purcell et Bellini. Et personne n'ose le lui dire. Dans cette France qui se relève difficilement des horreurs de la Grande Guerre, Marguerite est très riche. Son mari l'a même épousée en grande partie pour ça, et si tous les membres du cercle musical « Amadeus » supportent avec héroïsme ses piaillements, couinements et criaillements, c'est parce qu'elle finance leurs fêtes somptueuses. Même le professeur de chant qu'elle engage, renonce, à la suite d'une audition pourtant calamiteuse, à lui révéler l'atroce vérité, c'est que le grand Atos Pezzini a un gigolo, une femme à barbe et un pianiste sourd à entretenir.

Seul dans l'entourage de Marguerite, son majordome noir la contemple avec attention et respect : Madelbos photographie religieusement sa patronne dans les rôles qu'elle aurait tant aimé incarner : Carmen, la Walkyrie, Madame Butterfly. Dans son atelier photo, comme s'il procédait à une cérémonie sensuelle, il observe et caresse les clichés, prêt à tout, même au chantage, pour rendre son idole heureuse et apaisée. Madelbos protège Marguerite mais Giannoli filme, avec cruauté, la lente vampirisation des sincères et des faibles par ceux qui ne croient qu'à la vérité de l'apparence. Au passage, Giannoli dresse le tableau vivace du Paris des années 1920, de ses marges artistiques, en particulier surréalistes, de ses avant-gardes et de ses freaks magnifiques.

Pour Marguerite, chanter est un acte existentiel et sexuel, dans une scène, elle saigne de la bouche, c’est le substitut vital à un époux qui la délaisse mais auquel le film réservera aussi sa part de complexité. L’apprentissage du chant, c’est celui d’elle-même et de son corps, par lequel Marguerite devient femme. Giannoli est servi par une Catherine Frot exceptionnelle, très bien entourée par le superbe cabotin Michel Fau, l’excellent André Marcon dans un registre plus intériorisé, ou encore le remarquable Denis Mpunga, qui incarne avec une sobriété souveraine le majordome aimant et protecteur de Marguerite. Avant sa mise à mort, Xavier Giannoli, comme pour la magnifier, accorde à son héroïne de devenir, quelques brèves secondes, celle qu'elle rêvait d'être. Soudain, les notes de Norma s'envolent. Marguerite chante juste, magnifiquement, comme jamais plus.

Dans ses films, Xavier Giannoli s'interroge sur l'imposture et la célébrité, l'imposture de la célébrité, surtout. Dans À l'origine, un escroc aux abois se dépassait pour redonner confiance à ceux qu'il avait voulu duper. Dans Superstar, un anonyme devenait l'idole d'anonymes qui le rejetaient aussi vite qu'ils l'avaient adulé. Avec Marguerite, on ne sait pas qui, du vrai et du faux, l'emporte. Giannoli brasse ce feuilleté de motifs avec virtuosité, fait de sa Marguerite un personnage aussi ridicule qu’émouvant et de son film autant une comédie qu’une tragédie. Marguerite agite des questions complexes et cruelles. Que se passe-t-il quand on aime éperdument un art mais que celui-ci ne vous aime pas ? Déroger aux codes admis du beau n’est-il pas une forme de déconstruction, et serait-il plus important de chanter parfaitement ou de s’investir totalement dans son désir même si on est mauvais ?

Mais le film présente quelques ambiguïtés, Giannoli ne tranche pas sur le cas de Marguerite, est-ce une mythomane parfaitement consciente de son incompétence pour le chant lyrique, et qui se joue du snobisme de ses contemporains, ou une simple bourgeoise hystérique délaissée par son mari volage et qui se perd dans sa folie pour se faire remarquer de lui ? La fin est assez décevante, dans un festival de numéros de cabotins plus indisciplinés les uns que les autres, pointe une morale banalement machiste : un homme, ça doit savoir tenir sa femme.

Distribution[]

  • Catherine Frot : Marguerite
  • André Marcon : Georges Dumont
  • Denis Mpunga : Madelbos
  • Michel Fau : Atos Pezzini / Divo
  • Christa Théret : Hazel
  • Sylvain Dieuaide : Lucien Beaumont
  • Aubert Fenoy : Kyrill von Priest

Fiche technique[]

  • Réalisation : Xavier Giannoli
  • Scénario : Xavier Giannoli, Marcia Romano
  • Musique : Ronan Maillard
  • Photographie : Glynn Speeckaert
  • Montage : Cyril Nakache
  • Sociétés de production : Fidélité Films, Gabriel Inc., France 3 Cinéma, Sirena Film, Scope Pictures, CN5 Productions, Jouror Cinéma
  • Durée : 127 minutes
  • Dates de sortie : 4 septembre 2015 (sélection officielle Mostra de Venise)
    • France : 16 septembre 2015


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