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Rosenstrasse, film allemand et néerlandais de Margarethe von Trotta, sorti en 2003

Analyse critique[]

Le film débute à New York, en 2002. Toute la famille Weinstein s'est réunie pour les obsèques du patriarche. Ruth, la mère, tient à observer strictement les règles du deuil juif, suscitant l'incompréhension de sa fille, Hannah, qui ne l'avait jamais connue pieuse. Rapidement, les tensions entre la mère et la fille atteignent des sommets, Ruth s'opposant catégoriquement au futur mariage de Hannah avec Luis, un non-juif. Une cousine de Ruth, qu'Hannah n'avait jamais rencontrée auparavant, vient aux obsèques et fait des confidences à la jeune femme. Hannah, intriguée, décide de se rendre à Berlin, où sa mère a vécu son enfance, et de renouer avec un passé occulté. Sous pretexte d'une enquète journalistique, elle prend contact avec une certaine Lena Fischer, une vieille dame qui a jadis bien connu sa mère.

Une suite de longs flash-back reconstitue la passé de Ruth, dont la mère disparut en 1943, mais qui fut recueillie par cette Lena Fischer, avant d'être envoyée aux États-Unis dans une autre famille d'accueil. Passé traumatisant qu'elle n'a jamais dévoilé à ses enfants. Le film , à travers cette couche romanesque, Margarethe von Trotta raconte ces femmes allemandes, aryennes, venues par dizaines manifester et protester dans la Rosenstrasse. Elles ont obtenu la libération de ceux qu'elles voulaient sauver, leurs maris. Avec cette étonnante image d'une résistance au grand jour, Margarethe von Trotta fait resurgir l'histoire méconnue de ces couples mixtes que le régime nazi voulait briser. C'est l'Allemagne qui n'a pas peur de faire alliance avec ceux qu'on opprime contre l'Allemagne qui a peur de désobéir au Führer.

Von Trotta s'attaque à un tabou de l'histoire nationale, mais en douceur. Son film, feutré parfois, n'aborde les questions politiques qu'à travers les destins individuels, les affects personnels. A raison, car ces femmes qui manifestent ne disent pas « Arrêtez la déportation des juifs ! », mais « Je veux que vous me rendiez mon homme ». Il ne s'agit cependant pas de transformer ces Allemandes rebelles en héroïnes triomphales. Leur victoire isolée soulève ici un questionnement plus général, empreint de pessimisme : qui aide qui, et pourquoi ? La saga familiale est ici compressée, et les allers-retours entre présent et passé disent explicitement que tout est affaire de mémoire. De transmission difficile d'une histoire inextricablement heureuse et douloureuse. Le message n'est pas asséné. Von Trotta sait comment tout dire en filmant les visages, magnifiquement présents, de toutes ses actrices. Le film touche pour cet hommage à la fidélité des femmes, à leur vaillance qui n'empêche pas la faiblesse.

Margarethe von Trotta a longtemps porté, depuis le début des années 1990, le projet de réaliser un film sur la résistance historique des femmes de Berlin en 1943, mais n'a pas réussi à trouver le financement. Ce n'est qu'en immergeant cette histoire au sein d'un mélodrame contemporain qu'elle réussit en 2002 à tourner ce film. N'ayant pas voulu couper dans la partie historique du film, celui-ci dure plus de 2h 15.

Les faits historiques

La Rosenstraße (Rue des roses) est le nom d'une rue de Berlin.

Bien que les juifs allemands soient déportés dès octobre 1941, certains d'entre-eux y échappent grâce à quelques exceptions aux lois de Nuremberg ; sont en effet épargnés les juifs travaillant dans des usines indispensables à la Wehrmacht ainsi que les juifs mariés à une épouse allemande de souche aryenne. Ces exemptés sont nommés les Mischehen (les couples mixtes), privés de la majorité de leurs biens et travaillant dans des usines. Au début, l'administration pousse ces femmes allemandes à divorcer, ce qui permet alors l'arrestation du juif délaissé, toutefois les liens affectifs l'emportent sur cette propagande, et rares seront les Allemandes qui divorcent. En début d'année 1943, ces exceptions sont abrogées, le gouvernement nazi proclame la guerre totale, et désire en finir au plus vite avec les juifs. Joseph Goebbels (responsable de Berlin et de sa région à cette époque), qui rêvait depuis quelque temps de débarrasser Berlin une bonne fois pour toutes de la présence juive, commande alors une rafle au cœur de la capitale allemande.

À partir du 27 février 1943, les soldats de la 1re division SS Leibstandarte Adolf Hitler commencent à arrêter de façon massive les derniers juifs présents. Les Mischehen sont arrêtés sur leurs lieux de travail, tandis que la Gestapo a pour ordre de s'occuper de leurs enfants, les Mischlinge (métis). À la fin de la journée, la division SS a eu l'occasion d'appréhender plus de 7 000 juifs, dont 1 700 qui y avaient échappé jusqu'à présent grâce à leur épouse allemande. Tandis que certains sont déjà en route vers les camps d'extermination, d'autres sont sous les verrous dans cinq prisons berlinoises, dont deux temporaires, mises en place pour cette occasion. L'une d'entre-elles se situe dans un ancien bureau d’aide sociale de la communauté juive, au 2-4 Rosenstraße.

Les épouses allemandes, constatant l'absence de leurs maris, commencent à se rendre à Rosenstraße et au fil des heures, de plus en plus d'Allemandes rejoignent dans la rue celles déjà présentes. À la fin de la journée, on en compte plus de 200, dont certaines n'hésitent pas à passer la nuit dehors. Le lendemain, le nombre de contestataires a doublé, et leurs revendications se font de plus en plus fortes. Ni la sombre présence du bureau de la Gestapo s'occupant des affaires juives tout près du lieu du rassemblement, ni l'encadrement du mouvement par les SS ne parviennent à ébranler le moral des épouses.

Outre la surveillance de la manifestation, les autorités, exaspérées et toujours aussi décidées à faire appliquer l'ordre de rafle, commencent à faire pression auprès des Allemandes. Dans un premier temps, les SS menacent d'utiliser leurs armes à feu, s'ensuit alors la dispersion des manifestantes sous les porches avoisinants ou sous un viaduc à proximité. La frayeur passée, elles reviennent à nouveau, et relancent leur exigence de libérer leurs conjoints. Le 5 mars, la Gestapo intervient et fait déplacer quelques dizaines de femmes. Voyant le peu d'effet que provoque cette action, une jeep SS fait irruption au milieu de la foule mécontente et quelques soldats font feu à l'aide de mitraillettes dans le but d'effrayer les femmes. Ces dernières courent en tous sens, mais à nouveau reviennent à la prison peu de temps après. Le nombre de femmes dans la rue dépasse alors le millier

Le 6 mars, les arrestations sont interrompues, les détenus mariés à des femmes allemandes et les enfants sont libérés. L'autorité nazie ira même jusqu'à rechercher 25 juifs mariés qui avaient déjà été transférés à Auschwitz. Afin de justifier cette annulation de la rafle, l'administration nazie argumente sur le fait que cette rafle était une erreur de la part de la Gestapo, et que jamais les juifs mariés à des Allemandes n'auraient dû être inquiétés. Par la suite, ces juifs ne seront effectivement plus inquiétés par l'antisémitisme du pouvoir et la majorité d'entre-eux survivront à la guerre.

En 1943, la machine de guerre allemande n'est plus aussi certaine qu'au début du conflit de l'emporter. L'échec de la prise de la ville de Stalingrad sur le front soviétique mine considérablement le moral général des Allemands, alors très bas. Des agitations au sein même de l'Allemagne ne seraient pas sans conséquence sur le moral de l'opinion publique, et pourraient même entraîner l'opinion publique à douter du gouvernement en place. Ainsi, tandis que les dirigeants espèrent un affaissement du front de résistance intérieure, celui-ci pourrait justement se fortifier. Les Allemands pourraient également commencer à remettre en cause la déportation juive en elle-même, puisque les habitants d'autres villes pourraient y voir un exemple de résistance face à ces arrestations et décider à leur tour de protester, ce qui entraînerait dès lors une instabilité générale au sein de la nation. Il apparaissait donc nécessaire d'écourter l'évènement de Rosenstrasse au plus vite. Voyant que les intimidations échouaient, l'autorité préféra se plier aux demandes, et que les protestataires, heureuses de la décision, cessent ainsi leurs paroles véhémentes envers l'État. Il ne restait plus aux nazis qu'à camoufler l'affaire, et la propagation du mouvement de protestation fut arrêtée.

Distribution[]

  • Katja Riemann : Lena Fischer à l'âge de 33 ans
  • Maria Schrader : Hannah Weinstein
  • Doris Schade : Lena Fischer à l'âge de 90 ans
  • Jutta Lampe : Ruth Weinstein à l'âge de 60 ans
  • Svea Lohde : Ruth à l'âge de 8 ans
  • Jürgen Vogel : Arthur von Eschenbach
  • Martin Feifel : Fabian Fischer
  • Fedja van Huêt : Luis Marquez
  • Carola Regnier : Rachel Rosenbauer
  • Plien van Bennekom : Marion
  • Romijn Conen : Ben
  • Julia Eggert : Emily
  • Thekla Reuten : Klara Singer
  • Jutta Wachowiak : Frau Goldberg
  • Jan Decleir : Nathan Goldberg

Fiche technique[]

  • Réalisation : Margarethe von Trotta
  • Scénario : Pamela Katz, Margarethe von Trotta
  • Pays : Allemagne, Pays-Bas
  • Musique originale : Loek Dikker
  • Photographie : Franz Rath
  • Montage : Corina Dietz
  • Durée : 136 minutes
  • Dates de sortie : 18 septembre 2003
    • France : 9 juin 2004


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