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Un singe en hiver est un film français réalisé par Henri Verneuil, d'après le roman d'Antoine Blondin, et sorti en 1962.

Synopsis

En juin 1944, Albert Quentin, ancien fusilier-marin en Indochine, tient l’hôtel Stella sur la côte normande, avec sa femme Suzanne. Il voyage dans l’alcool, pour se remémorer ses voyages en Chine. Lors des bombardements, il promet à Suzanne de ne plus boire, si l’hôtel échappe à la destruction – promesse tenue.

Un soir pluvieux d'automne, un jeune homme descend chez Quentin. Dès son arrivée, il scrute la maison pour trouver de l'alcool : bredouille, il part au café d'en face où il retrouve les anciens camarades de l'hôtelier ; mais lui, Gabriel Fouquet, boit pour se croire matador, et sans doute aussi pour oublier un amour envolé. Après un temps de relative tranquillité, Fouquet, le jour de la Toussaint, donne la corrida aux villageois en « toréant » les voitures des touristes. Par amitié pour lui, Quentin l'arrache des mains des gendarmes et le mène au bar où, autrefois, il avait ses habitudes ; tous deux en sortent magnifiquement ivres. Livrés à leurs rêves, ils passent une nuit fantastique, l'un entraînant l'autre.

Après avoir été annoncer au pensionnat de jeunes filles que Fouquet enlèvera le lendemain sa fille, souffre-douleur de sa classe, les deux compères, aidés de « Landru », le propriétaire du bazar local, font partir un splendide feu d'artifice. Et le jour des morts, tandis que Fouquet et sa fille repartent vers Paris, Quentin, libéré pour le reste de son âge, prend le même train pour aller visiter la tombe de son père : il rentre en hiver, en suçant ses petits bonbons contre l'alcool

Citations

  • Quentin et Fouquet en choeur : Tatatalalala ! Tatatalatatsoin !
    • Quentin : A la gloire des fusiliers marins d'Extrême-Orient !
    • Fouquet : A Manolete ! Tué à Linarès par le taureau Isleiro !
    • Quentin : Et çui-là, je le bois à mon pote Gédéon, tombé dans le traquenard de Lanson !
    • Fouquet : A Roselito, le plus grand de tous !
    • Serveuse : On a le temps, messieurs ! Si ça continue, vous allez vous saouler...


  • Fouquet : Arrière les Esquimeaux ! Je rentre seul. Un matador rentre toujours seul ! Plus il est grand, plus il est seul. Je vous laisse à vos banquises, à vos igloos, à vos pingouins. ¡ Por favor Señora ! À quelle heure le train pour Madrid ?
  • Mr Esnault : Le picon-bière, ça pardonne pas. C'est de ça que mon pauvre papa est mort. Il n'y a rien de plus traître !


  • Fouquet : Une paella sans coquillage, un gigot sans ail, un escroc sans rosette : quelque chose qui déplaît à Dieu !


  • Quentin : Dis-toi bien que si quelque chose devait me manquer, ce ne serait plus le vin, ce serait l'îvresse !


  • Albert : Ah parce que tu mélanges tout ça, toi ! Mon Espagnol comme tu dis et le père Bardasse. Les Grands Ducs et les Bois-sans-soif !
    • Esnault : Les grands ducs !
    • Albert : Oui, monsieur ! Les princes de la cuite, les seigneurs ! Ceux avec qui tu buvais le coup dans le temps et qui ont toujours fait verre à part ! Dis-toi bien, que tes clients et toi, ils vous laissent à vos putasseries les seigneurs : ils sont à cent mille verres de vous ! Eux, ils tutoient les anges !
    • Esnault : Excuse moi, mais nous autres on est encore capable de tenir le litre sans se prendre pour Dieu le Père !
    • Albert : Mais, c'est bien ce que je vous reproche ! Vous avez le vin petit et la cuite mesquine. Dans le fonds, vous ne méritez pas de boire ! Tu te demandes pourquoi il picole l'Espagnol ? C'est pour essayer d'oublier les pignoufs comme vous !


  • Albert : Pourquoi buvez-vous ?
    • Gabriel : La question m'a déjà été posée Monsieur le Procureur !
    • Albert : Probablement par des gens qui vous aiment bien !
    • Gabriel : Probablement… Claire me la posait trois fois par semaine. Elle devait m'adorer.

Critique

Pour ce film, Henri Verneuil a souhaité la collaboration de Michel Audiard et le résultat est une avalanche de répliques mémorables, taillées sur mesure pour ses deux acteurs principaux. Il ne reste plus qu'à Gabin et Belmondo de faire leur numéro et, malgré une génération d'écart et des tempéraments différents, leur complicité autant dans la réalité que dans le film est évidente ; le premier dans le rôle d'un hôtelier alcoolique nostalgique de la vie aventureuse qu'il menait autrefois, joue sans surprise mais avec son efficacité habituelle les "vieux de la vieille" bourrus dans la lignée des personnages qui jalonnent les quinze ou vingt dernières années de sa carrière.

Et ça fonctionne immédiatement, dans une rencontre explosive où chacun fait son numéro, mais à l’écoute de l’autre, dans un grand respect mutuel et surtout de la bonne humeur communicatrice. Gabin parlais le Audiard comme si c’était sa langue maternelle, ça on le savait, mais l’étonnement provient de Belmondo qui parvient à déclamer le Audiard avec délice. Un duo d’anthologie est né, avec en plus les faire-valoir que sont Flon, Frankeur et Roquevert, seconds rôles haut de gamme, qui viennent eux aussi nourrir le chef-d’œuvre de tout leur talent.

Il nous offre au passage quelques sacrés coups de gueule rappelant sa prestation dans La Traversée de Paris de Claude Autant-Lara (1956). Quant au second, après des passages importants chez Godard ou Melville, il laisse libre cours à sa fantaisie, jusqu'alors assez peu exprimée au cinéma, et donne avec beaucoup d'aisance la réplique au vieux lion dans leurs quatre cents coups.

Pour offrir de l’image au mot, Henri Verneuil, cinéaste populaire mais de haute qualité, travaillant à l’américaine dans sa façon de filmer pour l’époque, avec une mise en scène toujours très vivante et rythmée.

Certaines séquences sont mémorables: Jean-Paul Belmondo ivre qui danse le flamenco et surtout, la nuit d'ivresse de Gabin et Belmondo, moment culte dans l'histoire du cinéma français. Ce film dépeint sur le ton de l'humour l'alcoolisme et nous fait aussi prendre conscience que la vie est malheureusement très courte et qu'il faut justement savoir en profiter de temps en temps avant de mettre le pied dans la tombe. Il faut savoir en profiter, mais sans trop en abuser.

« Un singe en hiver », c'est comme un brin de nostalgie qui se décline avec l’ivresse des mots et dans l’ivresse tout court. Une envie d’ailleurs en permanence, un voyage à la fois triste et gai pour un lyrisme à la française, virile et tendre.

Distribution

  • Jean Gabin : Albert Quentin, patron de l'hôtel "Stella"
  • Jean-Paul Belmondo : Gabriel Fouquet, le jeune homme
  • Suzanne Flon : Suzanne Quentin, la femme d'Albert
  • Noël Roquevert : Mr Landru, patron du bazar
  • Paul Frankeur : Mr Esnault, le patron du café
  • Gabrielle Dorziat : Mme Victoria, la directrice
  • Marcelle Arnold : L'infirmière de la pension
  • Hella Petri : Georgina, la patronne du bar
  • Henri Verneuil : Un officier allemand (non crédité) (au générique du début du film)

Fiche technique

  • Réalisation : Henri Verneuil
  • Scénario : François Boyer, Henri Verneuil, Michel Audiard
  • Adaptation : François Boyer d’après le roman de Antoine Blondin (Éditions de la Table Ronde) , prix Interallié en 1959.
  • Dialogues : Michel Audiard
  • Assistants réalisateur : Claude Pinoteau, Maurice Kaminsky, Costa-Gavras
  • Musique : Michel Magne - Le Tango Caminito
  • Images : Louis Page
  • Montage : Monique] et Françoise Bonnot
  • Tournage : Studios Franstudio et le village de Villerville (Calvados).
  • Production : Cipra - Cité Films
  • Directeur de production : Léon Sanz, Georges Vallon
  • Format : Noir et blanc - Totalvision - Son monophonique
  • Durée : 99 minutes
  • Date de sortie : 11 mai 1962 (France)


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